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Les origines du nom

les texte et illustrations fournies par Jacques et Claudie

 

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Jacques et Claudie
de Rauglaudre
85770 Le Poiré/Velluire

Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays.
Quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte en jamais rien (Fénelon)
 


IL ETAIT UNE FOIS ... il y a neuf générations

Nicolas DROGLO

POINTS DE REPERES HISTORIQUES

Cette histoire débute avec l'année 1712.

Las des guerres de Succession d'Espagne, les Européens commençaient alors des pourparlers de paix à UTRECHT, tout en continuant à s'entretuer dans de petites escarmouches qui prendront fin après la bataille de DENAIN le 24 juillet.

A VERSAILLES, le vieux Roi LOUIS XIV pleurait sa descendance qui s'éteignait à la suite d'une épidémie de rougeole, maladie que l'on ne savait pas soigner. Déjà, l'année précédente, son fils le GRAND DAUPHIN était mort de la variole. Entre le 10 février et le 8 mars 1712 sont emportés successivement la Duchesse de BOURGOGNE Marie-Adélaïde, le Duc son mari devenu DAUPHIN après la mort de son père, le Duc de BRETAGNE âgé de cinq ans, fils des précédents. Pour sa succession, LOUIS XIV n'espérait plus qu'en la survie du frère de ce dernier, le Duc d'ANJOU âgé de deux ans. Celui-ci, futur LOUIS XV, atteint du même mal, fut sauvé par "sa gouvernante qui aurait interdit aux médecins de l'approcher", selon ce qui est écrit avec humour dans "Chronique de la France" (Ed Larousse). A l'époque, la principale thérapeutique consistait en saignées et en clystères qui achevaient plutôt le malade, semble-t-il.

Premier mariage de Nicolas

C'est au milieu de ces malheurs que le 21 mars fut portée sur les fonts baptismaux de l'église NOTRE-DAME de VERSAILLES une petite fille prénommée Jeanne Julie dont le père se présenta au prêtre (signataire de l'acte de baptême) sous le nom de: " NICOLAS DROGLO, POSTILLON de MONSEIGNEUR le DUC ", la mère était Marie GRISON. Nicolas déclara ne pas savoir signer.

Qu'est devenue cette petite Jeanne Julie ? On ne retrouve plus sa trace. Est-elle morte aussi ? Sa mère Marie s'éteignit en effet le 1er mai, suite de couches ou victime de l'épidémie en cours ! Elle avait 34 ans. Son inhumation fut attestée par Philippe FRANCQUET, "cocher de Madame la DUCHESSE", et par Nicolas MERVILLE, "distributeur de fourrages chez Monseigneur le DUC". Nicolas DROGLO ne semble pas avoir assisté à la cérémonie funèbre, il ne figure pas sur l'acte de décès fourni par les Archives de Versailles. Peut-être était-il malade, lui aussi, et seuls ses amis auraient accompagné la défunte au cimetière, ou alors était-il avec Monseigneur le Duc dans une de ces guérillas qui marquaient la fin de la campagne !

Ces faits nous ont amenés à nous interroger : d'où venait NICOLAS DROGLO et qui était MONSEIGNEUR le DUC ?

Il ne fait aucun doute que Nicolas était et est toujours un prénom très porté en Europe du Nord et de l'Est. A cette époque, les armées étaient composées de mercenaires recrutés lors d'expéditions de guerre, en France ou à l'étranger, et il n'est pas impossible que NICOLAS ait été remarqué pour son amour des chevaux, au cours d'une manoeuvre quelconque, et ait été engagé pour conduire un carrosse princier. C'était peut-être un homme de belle prestance ! Une origine germanique n'est pas à exclure, si l'on en croit le dictionnaire des noms de famille d'Albert DAUZAT : la racine germanique "HROG" veut dire "repos" et "LO" signifie "louange".

Une autre idée a jailli de l'imagination de Jacques, elle n'engage que lui, mais elle n'est pas plus farfelue qu'une autre : " Une nuit, je me réveillais avec ce mot DROGLO sur les lèvres et je me le répétais de plus en plus vite. DROGLO, DROGLO, DROGLO... Un flash a surgi : Bon sang, mais c'est bien sûr ! Répétez comme moi DROGLO quatre ou cinq fois de plus en plus vite, rappelez-vous que notre ancêtre était Postillon. C'est bien cela...C'est le bruit du trot du cheval ! " Ainsi DROGLO serait une onomatopée caractérisant le métier de Nicolas. Pourquoi pas, après tout ! A cette époque les noms de famille n'existaient pas vraiment. Les métiers, les noms de lieux, les sobriquets servaient à identifier les personnes. Cela n'exclut pas l'origine germanique.

Nicolas ne savait pas écrire, mais il occupait une situation certainement enviable. Etre au service d'un Prince du Sang était une promotion sociale assez remarquable. "MONSEIGNEUR le DUC" était en effet un Prince du Sang. Nous avons hésité longuement entre le DUC d'ORLEANS et le DUC de CONDE. Le Musée de CONDE à CHANTILLY nous a confirmé qu'il s'agissait bien de LOUIS HENRI de CONDE. Les CONDE portaient seuls l'appellation DUC DE BOURBON. LOUIS XIV l'avait voulu ainsi pour rappeler que la descendance de CONDE était de sang royal comme la branche aînée, par CHARLES de BOURBON descendant de Saint LOUIS et par les différents mariages arrangés par le roi entre ces deux branches. Ainsi LOUIS III de BOURBON CONDE petit-fils du GRAND CONDE avait épousé Louise-Françoise de NANTES, l'aînée des filles légitimées de LOUIS XIV et Madame de MONTESPAN. LOUIS III était mort en 1710 et le titre de MONSEIGNEUR le DUC était porté par son fils LOUIS HENRI de BOURBON né en 1692. Louis-Henri avait 20 ans en cette année 1712, date du premier acte officiel concernant l'existence de Nicolas DROGLO. C'est à son service que le "postillon" était engagé.

Deuxième mariage de Nicolas

Nous n'avons pas retrouvé trace de la date du second mariage de Nicolas avec une autre Marie, Marie FAGOT notre ancêtre. Il a dû avoir lieu environ un an après la mort de Marie GRISON, en 1713. A VERSAILLES ? Ou à PARIS ? La famille de CONDE habitait dans l'une ou l'autre ville indifféremment. Il y eut deux HOTELS de CONDE, l'un non loin du PALAIS de VERSAILLES dans l'actuelle rue des Réservoirs. C'est en 1682 que LOUIS XIV avait installé la Cour à Versailles. Jusque-là la Cour fut itinérante au gré du souverain, des Tuileries à Fontainebleau, à Saint-Germain, à Versailles... L'autre HOTEL de CONDE était un somptueux ensemble situé en face du PALAIS du LUXEMBOURG. Il avait été édifié pour Marie de Médicis. Les jardins de l'Hôtel de Condé semblaient prolonger ceux du Luxembourg et s'étendaient jusqu'au Théâtre actuel de l'Odéon.

Le seul indice en notre possession est le fait que le "parein" et la "mareine" de leur fils Nicolas Germain signalés sur l'acte de baptême sont paroissiens de SAINT-EUSTACHE à PARIS. Les ARCHIVES de PARIS ont conservé peu de documents très anciens. L'incendie de l'Hôtel de Ville sous la COMMUNE, le 24 mai 1871, a provoqué la disparition de la majorité. Seuls ceux de la paroisse SAINT EUSTACHE justement purent être reconstitués en partie, environ un tiers ou un quart seulement. Nous les avons consultés sans trouver le moindre indice du mariage de Marie et Nicolas, ni trace du parrain et de la marraine du petit garçon. Anne PAILLARD la couturière était sans doute une amie de Marie. Germain COCHINARD le bourgeois devait être connu de Nicolas qui avait l'occasion d'emmener MONSEIGNEUR le DUC au PALAIS-ROYAL, proche de St-EUSTACHE.

Louis XIV avait donné le PALAIS-ROYAL qu'avait habité Anne d'Autriche leur mère à son frère PHILIPPE d'ORLEANS dit " MONSIEUR ". Son fils, prénommé comme lui, préférait habiter le Palais-Royal plutôt que Versailles où l'austérité qui y régnait, depuis le mariage de Louis XIV vieillissant avec Mme de Maintenon, en 1683, éloignait les amateurs de plaisirs galants.

Le PALAIS-ROYAL était devenu "un îlot infâme" de libertinage. La majorité du peuple était scandalisée. La vie dissolue de Philippe inquiétait Louis XIV au point qu'il préférait voir monter sur le trône ses enfants nés de Madame de Montespan et légitimés en 1673, en cas de décès du dernier Dauphin, plutôt que le fils de MONSIEUR. MONSIEUR mourut en 1701 à la suite d'une vive altercation qu'il eut avec le roi son frère, au sujet de la vie de débauche de son fils. Le monarque en fut très peiné, cependant en 1714, un an avant sa mort, il rédigea un testament restreignant le pouvoir au Conseil de Régence de son neveu (et gendre : Philippe avait épousé une fille de Louis XIV et Mme de Montespan). Le Conseil devrait comprendre, outre ses bâtards : le Duc du Maine et le Comte de Toulouse, les vieux serviteurs de l'Etat, toute décision devant se prendre à la pluralité du suffrage. Dès le lendemain de la mort de Louis XIV, PHILIPPE fit casser par le Parlement "l'édit de juillet 1714" comme étant non conforme aux lois fondamentales du Royaume. Il obtint les pleins pouvoirs de Régence et écarta ses beaux-frères légitimés. Il y fit entrer MONSEIGNEUR LE DUC Louis-Henri de BOURBON-CONDE, son neveu, dont la mère, rappelons-le, était l'aînée des filles de Louis XIV et Mme de Montespan. Mgr le Duc devint ensuite Premier Ministre sous Louis XV.

Monseigneur le Duc de BOURBON récompensa les bons et loyaux services de son postillon Nicolas Droglo ou Deroglau par l'attribution d'une pension.

 

Nicolas Germain DEROGLAU

1714-1801 (An 9)

Né le 30 mai 1714, un an avant la mort de Louis XIV, Nicolas Germain DEROGLAU (ainsi fut-il déclaré sur l'acte de baptême) mourut le 21 fructidor An 9 de la République (8 septembre 1801). Ce fut l'année de la signature du Concordat entre le Saint-Siège et Bonaparte. " Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte ". Trois ans plus tard, NAPOLEON se faisait sacrer empereur à NOTRE-DAME le 2 décembre 1804 par Pie VII. C'est une longue page d'Histoire de France, celle du siècle des LUMIERES et de la REVOLUTION, que vécut Nicolas Germain au long de ses 87 ans dont plus de la moitié se passa à l'ombre de la Cour.

Pour éviter la confusion entre les deux Nicolas, père et fils, nous nommerons le plus souvent Nicolas II sous son second prénom Germain. Au passage, notons que ce prénom rappelle la possible ascendance germanique, d'autant plus qu'il nommera également sa première fille Germaine.

Le nom de famille de Marie sa mère est orthographié sur l'acte de baptême : FAGAU. Ailleurs, ce sera FAGOT. Ceci nous a inspiré une nouvelle réflexion sur les noms de famille. Les marraines de Jeanne Julie et de Nicolas Germain sont toutes deux couturières, est-il mentionné sur les actes de baptême. Nous avons été amenés à penser que les deux Marie, Marie Grison et Marie Fagot, faisaient peut-être partie d'un atelier de couture travaillant pour la maison de CONDE, et il n'est pas impossible que la seconde Marie ait eu pour fonction d'habiller ces dames, de les "fagoter" selon le mot en usage à cette époque, d'où son nom de Marie FAGOT !

Sous l'Ancien Régime, nul n'attachait vraiment d'importance aux patronymes et à leur orthographe. Ecrits par des prêtres ou des collecteurs d'impôts, les noms étaient plus ou moins phonétiques, déformés et variés. Le Code Civil de Napoléon n'y changea pas grand chose. C'est à partir de 1830, avec les débuts de la révolution industrielle qui verra le déracinement massif des provinciaux, que les noms de famille commencent à se fixer, d'après Jean-Louis Beaucarnot généalogiste. La création des livrets de famille vers 1877 selon les départements va obliger les officiers d'Etat Civil à être rigoureux dans l'orthographe des noms. D'ailleurs Frédéric de RAUGLAUDRE petit-fils de Germain demandera au tribunal de Vitry-le-François en 1892, il y a donc à peine un siècle, de fixer une fois pour toutes le patronyme "de RAUGLAUDRE" sous sa forme actuelle.

Il ne faut guère se faire d'illusions sur le milieu social des deux premiers ancêtres connus de la famille de RAUGLAUDRE, parents de Germain. NICOLAS le père ne savait pas écrire, ce détail est signalé sur les actes de baptême de ses enfants en 1712 et 1714 et MARIE était probablement couturière, on l'a dit. Il est évident cependant que Nicolas et ses deux épouses successives ont vécu dans la plus grande proximité de la Cour et ont dû être témoins des moeurs relâchées qui y régnaient. Ainsi on peut imaginer le postillon NICOLAS acompagnant "MONSEIGNEUR LE DUC" Louis III de BOURBON-CONDE, "le nain", dans son équipée la veille du mardi-gras 1710 qui s'acheva par la mort du Prince dans une crise d'apoplexie à 42 ans ! L'épisode est raconté dans la biographie de Louise-Anne de Bourbon-Condé, " MADEMOISELLE DE CHAROLAIS " par Jacques Levron (parue en novembre 1991, Ed Perrin, collection "Présence de l'Histoire" dirigée par André Castelot). Louise-Anne aux moeurs libertines était la fille de ce Louis III de BOURBON et Louise-Françoise de NANTES, fille légitimée de LOUIS XIV qui avait été élevée de façon austère par Madame de MAINTENON, mais n'avait pas gardé trace de cette rigidité. "Entre deux grossesses elle se donne du bon temps" selon le chroniqueur.

Louis-Henri de Bourbon-Condé reprit le titre de MONSEIGNEUR LE DUC après la mort de son père Louis III. Il était aussi duc d'Enghien comme ses aïeux, depuis qu'Henri II de Bourbon son bisaïeul avait hérité, par sa femme Charlotte, les titres et biens du frère de celle-ci, l'illustre Connétable de Montmorency, duc d'Enghien. MONSEIGNEUR le DUC Louis-Henri ne vécut guère plus longtemps que son père, il mourut plus simplement d'une crise de dysenterie à l'âge de 48 ans. C'était le grand-père du fameux Duc d'Enghien que Bonaparte fit fusiller en 1804 dans les fossés de Vincennes pour avoir été convaincu d'un complot prévoyant l'arrivée au pouvoir d'un prince de la maison de Bourbon. Cette exécution sommaire horrifia toute l'Europe, ce qui n'empêcha pas Bonaparte de se faire sacrer empereur NAPOLEON cette année-là, et de couronner impératrice JOSEPHINE qu'il avait épousée sous le Directoire. Le mari de celle-ci, Alexandre de Beauharnais, avait été guillotiné.

 

PAGE chez les CONDE

Après cette parenthèse d'Histoire, revenons à GERMAIN. Entre sa naissance et son arrivée en Champagne en 1762, 48 ans ont passé sur lesquels nous ne savons rien. Mais sur l'acte de son mariage à Sermaize, son père défunt est désigné comme "pensionnaire" (nous dirions plutôt pensionné) du DUC de BOURBON et sa mère comme attachée à l'HOTEL de CONDE. GERMAIN a donc probablement passé sajeunesse et son âge mûr soit à PARIS, soit à VERSAILLES, soit encore à CHANTILLY où MONSEIGNEUR le DUC avait été "exilé", après sa disgrâce par LOUIS XV, en 1726.

La tradition familiale, de mémoire de tante Betty, le dit "page" dans la Maison de CONDE, un Chérubin en quelque sorte. BEAUMARCHAIS a décrit de façon ironique la société de l'époque. Ne s'est-il pas inspiré dans "Le mariage de Figaro" de l'anecdote racontée par Jacques LEVRON dans la biographie déjà citée de "MADEMOISELLE de CHAROLAIS". Le jeune filleul de celle-ci, neveu de Richelieu, fut un de ses amants. Le biographe écrit :

" En compagnie d'autres seigneurs, il assiste chaque matin à la toilette de la duchesse. En fait, les jeunes gens doivent s'éclipser quand vient pour celle-ci le moment de s'habiller. Un matin, Chérubin se glisse derrière un paravent et peut ainsi contempler dans toute leur splendeur les charmes de sa marraine. Hélas ! Une femme de chambre l'a surpris. Toute la Cour commente le soir même l'incident "

Si GERMAIN a été "page", cela n'a pu être que passager, c'était une occupation de jeunesse et notre aïeul a dû avoir d'autres emplois chez Monseigneur le DUC ou peut-être ailleurs, chez Mademoiselle de Charolais soeur du Duc, par exemple ? Celle-ci vivait dans les Hôtels de Condé, mais aussi dans d'autres demeures qu'elle aménageait pour recevoir ses amants.

Il est peu probable en tout cas que Germain se soit éloigné de la COUR. Peut-être même s'était-il marié, était-il veuf, ou encore avait-il de bonnes raisons de s'éloigner de Paris. Toujours est-il qu'il reçut une éducation plus soignée que celle de son père, puisqu'il fut choisi par Gaspart BARDONNET pour le représenter à SERMAIZE. Mais où est situé SERMAIZE et qui était Gaspart BARDONNET ?

Gaspart BARDONNET

Venant du diocèse de Clermont, Gaspart BARDONNET était chanoine de Metz, ancien chapelain du Roi, Grand Bailli et Gouverneur de la ville de Souvigny. SOUVIGNY, actuel chef-lieu de canton de l'Allier, devait être une ville importante à l'époque. L'église Renaissance est très belle et fut justement la nécropole des DUCS de BOURBON. Gaspart avait une résidence à Paris, rue des Vieilles-Tuileries, et avait été nommé par Louis XV, en janvier 1757, prieur commanditaire du Prieuré de SERMAIZE et seigneur-censier du lieu, en remplacement de Philippe-Augustin Dupré, bénédictin réformé, dernier prieur nommé par l'Abbaye de Saint-Claude dont le Prieuré de la Vierge-Marie de Sermaize dépendait.

Gaspart BARDONNET avait alors 57 ans. Vivant tous les deux auprès de la Cour, Gaspart et Germain devaient se connaître pour une raison ou pour une autre. GERMAIN avait peut-être été le "clergeon" de GASPART ! GERMAIN fut donc chargé par Gaspart BARDONNET d'aller s'occuper de son prieuré, Gaspart se contentant d'encaisser les bénéfices et s'attirant d'ailleurs la hargne de la population, on le verra plus loin.

Flairant la venue de la Révolution, Gaspart BARDONNET résilia à temps sa cure, après s'être enrichi abusivement à Sermaize, puis il alla vivre tranquillement à Paris, rue Saint-Antoine, changeant de domicile parisien. La rue Saint Antoine était située sur le passage des charrettes menant à la place de la Porte Saint-Antoine, place de la Bastille aujourd'hui. Quelques "citoyens" de Sermaize qu'il avait connus et dupés eurent droit à la guillotine. Il les vit peut-être passer sous sa fenêtre.

Y eut-il quelque rapport entre le départ de GERMAIN et les bouleversements qui s'annonçaient à la Cour ?

La COUR en 1762

Louis XV n'est plus "le Bien-Aimé" de ses sujets. Jamais il n'a été aussi décrié. Ce qui indispose, c'est son apparente indifférence à la misère populaire. Ce n'est qu'une apparence, car Louis XV a du coeur, mais c'est un faible. La Guerre de Sept ans embrasait toute l'Europe, elle va s'achever fin 1762, le Traité de Paris le confirmera, laissant la France affaiblie face à une Angleterre triomphante : Les Indes et "les quelques arpents de neige" (dixit Voltaire) du Canada sont perdues. Restent cependant les Antilles. 1762 est l'année de "L'Affaire Calas" dont Voltaire se servit pour écrire son "Traité de la Tolérance", avant de se réfugier en Suisse. Rousseau fit de même après la publication du "Contrat Social" et de l"Emile" cette même année.

Il avait publié, sept ans auparavant, le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité". Tous ces écrits où les philosophes défendent les victimes de l'injustice sociale dérangent la Cour et inspireront les futurs révolutionnaires de 1789. La REVOLUTION ne fut pas un mouvement populaire.

A l'origine, elle fut l'oeuvre de notables en conflit avec les grands corps de l'Etat et avec les privilégiés de l'Ancien Régime, aristocrates et prélats. Certaines familles ont trouvé dans la Révolution une occasion d'ascension sociale, d'autres y ont perdu leur position. Gaspart BARDONNET faisait partie des privilégiés. Nicolas Germain DEROGLAU, lui, trouvera le moyen de monter socialement.

C'est en avril 1758 que LOUISE-ANNE de BOURBON-CONDE, princesse de Charolais, soeur de MONSIEUR LE DUC, célibataire par indépendance, amie de Voltaire, était morte, à 62 ans, après une vie fort licencieuse. Elle fut appelée "la maquerelle du roi", c'est elle qui poussait dans les bras de Louis XV celles qui furent ses premières maîtresses. " Quand le cercueil de Louise-Anne franchit l'entrée du couvent des Carmélites rue Saint-Jacques, c'est une période de l'Histoire qui s'achève avec elle " écrit J. Levron. Généreuse elle avait laissé par testament à son personnel une pension viagère correspondant aux gages et à la nourriture donnés de son vivant ( Arch. Nat. K 545). GERMAIN en faisait peut-être partie, comme on l'a dit, et devenait alors bénéficiaire de ses largesses. Disponible et pensionné, il aurait accepté de s'exiler à SERMAIZE. C'est une hypothèse comme une autre. Il n'est pas impossible qu'il soit retourné au pays de ses ancêtres. Nicolas et Nicole y sont deux prénoms très fréquents. Des FAGEOT rappellent aussi le nom de Marie FAGOT sa mère.

UN PEU DE GEOGRAPHIE... et encore de l'HISTOIRE

SERMAIZE est une petite ville de la Marne, au bord de la Saulx, à l'extrémité nord de la forêt de Trois-Fontaines qui chevauche les départements de la Marne et de la Meuse. Située entre Bar-le-Duc et Vitry-le François (axe Est-Ouest), entre Ste-Menehould et St-Dizier (axe Nord-Sud), ce fut un lieu de passage et d'occupation des armées dès l'époque gallo-romaine. SERMAIZE est riche en faits historiques. Au XVème siècle, Jeanne d'Arc avait deux oncles maternels résidant à SERMAIZE, l'un Henri de Vouthon, prieur du monastère et curé de la paroisse, et Jean de Vouthon son frère qui était couvreur de son métier. Jeanne y vint souvent, selon la tradition locale.

SERMAIZE fut aussi une ville thermale réputée depuis l'époque gallo- romaine jusqu'en 1940, d'où son nom de SERMAIZE-les-BAINS. Les eaux sont froides, ferrugineuses, calciques et alcalines. L'établissement ne reprit pas son activité après la guerre.

SERMAIZE fut connu aussi au 19ème siècle pour ses fonderies en plein essor de 1830 à 1896. Des chefs-d'oeuvre y furent coulés dont la statue de LAFAYETTE à Washington, face à la Maison-Blanche, et les quatre statues du Trocadéro qui sont maintenant sur le parvis du musée d'ORSAY à Paris. Sur leur socle on y lit Sermaize-sur-Saulx.

SERMAIZE fut marqué au début du siècle par l'Affaire DREYFUS. La femme du comte ESTERHAZY, la comtesse de Nettancourt-Vaubécourt, habita Sermaize avec ses deux filles de 1920 à 1944, elle était divorcée mais a toujours défendu son ex-époux, publiant en 1930 : "La Vérité sur l'Affaire Dreyfus", elle adopta les idées de Maurras et abonnée au journal "l'Action Française" afficha à haute voix ses idées royalistes, se privant de fréquenter l'église, mais le brave curé BOLLOT l'y accueillait tout de même, la nuit tombée.

C'est une région qui fut pourvue aussi en monastères. Non loin du Prieuré bénédictin de SERMAIZE, de l'Abbaye cistercienne de CHEMINON et de celle de TROIS-FONTAINES, se trouve JEAND'HEURS, riche abbaye des Prémontrés, qui devint domaine national après la Révolution. John MAC CARTHY, époux de Marie Nicole de RAUGLAUDRE, petite-fille de Germain par son fils Claude et soeur de notre aïeul Frédéric, est cité dans un acte notarié du 12 juin 1858 comme étant propriétaire demeurant au château de JEAND'HEURS. NAPOLEON avait fait cadeau de l'Abbaye de JEAND'HEURS, devenu bien national, au Maréchal OUDINOT Duc de Reggio, né à Bar-le-Duc de condition modeste, décédé Grand Chancelier de la Légion d'Honneur. Elie Euphémie Elzéard DRAUGLAUDRE, petite-fille de Germain par son fils aîné Charles-Antoine, épousa en 1835 Pierre Laurent OUDINOT, natif de la Meuse, sableur dans une fonderie. Avaient-ils eu un quelconque lien de parenté ? Son second mari François NINOT fut forgeron.

Le Maréchal OUDINOT Duc de Reggio avait fait de l'Abbaye de JEAND'HEURS un musée d'armures qui furent ensuite réparties dans les musées de France et d'Europe. En 1858 John Mac Carthy l'habitait on ne sait depuis quand ni combien de temps. Vers 1873 le château de JEAND'HEURS appartenait à un riche industriel de Paris, Mr Ratier.

A quelques kms de JEAND'HEURS, le monastère de TROIS-FONTAINES fut le lieu d'un crime mystérieux, commis le 19 avril 1751, sur la personne d'un religieux Dom Chaalons qui en mourut trois semaines plus tard. Le procureur du Roi qui mena l'enquête et fit publier un monitoire était, selon les documents, Monsieur de SALLIGNY. C'était le bisaïeul d'Henriette de RAUGLAUDRE-de SALLIGNY, deuxième épouse de Claude de RAUGLAUDRE sur lequel on reviendra plus loin.

Nicolas de SALLIGNY, seigneur de Matignicourt et de Buisson, avocat du roi, avait épousé Françoise de SAINT-GENIS. L'aîné de leurs fils Charles Antoine eut avec Antoinette LEMAIRE une fille et deux fils dont l'un François épousa Caroline de PELSEZ, parents d'Henriette.

François de SALLIGNY-MATIGNICOURT est cité, 40 ans plus tard, comme président de l'assemblée dans le district de VITRY-le-FRANCOIS. En mars 1791, il est à CHALONS pour le remplacement de Mgr de Clermont-Tonnerre, évêque de la Marne.

En juin il préside l'assemblée pour la Constitution Civile du Clergé, décrétée par l'Assemblée Nationale et acceptée par le Roi. Talleyrand, évêque d'Autun, député du clergé à la Constituante, en avait suggéré l'idée. Les curés réfractaires au Serment à la République étaient déclarés démissionnaires. François de SALLIGNY exprime sa douleur de voir le nombre de prêtres à remplacer. Sur 124 ecclésiastiques du district, 32 refusèrent de prêter serment. En septembre, François préside l'assemblée des électeurs dans une salle du Couvent des Récollets pour procéder à la relève des curés.

 

Le PRIEURE de SERMAIZE

Ouvrons une parenthèse au sujet du PRIEURE de SERMAIZE où Germain travailla et à l'ombre duquel il fonda et logea sa nombreuse famille. Situé à côté de l'église bâtie en même temps que lui, le Prieuré aurait bénéficié des largesses de Hugues comte de Champagne, d'après la Charte de fondation de 1093. Par cette Charte, Hugues aurait donné aux moines venus du Mont JURA sous la conduite d'HUNALD un territoire important. Le Monastère de SAINT-OYENT ou EUGENT, appelé depuis SAINT-CLAUDE, d'où venaient ces moines faisait partie de l'Ordre des Bénédictins de CLUNY. Déjà chancelant au début du 18è siècle, il disparut lors de la tourmente révolutionnaire. Ses archives importantes ont été transférées en trois grosses voitures vers 1803 aux Archives Départementales du JURA à MONTMOROT, près de LONS-le-SAUNIER.

Jusqu'à la REVOLUTION, l'église était priorale et paroissiale, une porte dont on voit encore la trace sur le mur extérieur du transept sud la faisait communiquer avec le prieuré.

Sous la REVOLUTION les citoyens de SERMAIZE demandèrent qu'on leur rende les bois et paquis communaux dont ils auraient été dépouillés. Il semblerait que la Charte de fondation attribuée au Comte Hugues de Champagne ait été un faux, grâce auquel les Abbés-Prieurs de SERMAIZE se seraient affecté des droits féodaux et seigneuriaux.

 

AMODIATEUR

En 1762, Nicolas Germain est cité comme Amodiateur du Prieuré de SERMAIZE. Cette fonction consistait à récolter les redevances pour le Prieur, Seigneur Censier du lieu. Il était probablement chargé d'accueillir aussi les visiteurs de passage au Prieuré. Gaspart BARDONNET et Germain se sont-ils bien entendus? Le premier est considéré par toute la population de SERMAIZE comme un triste sire, voleur et fripon, accumulant les procès, tantôt comme accusateur tantôt comme accusé. Il résidait à Paris et venait peu à Sermaize. Il avait une servante allemande qu'il promenait en voiture et la population se plaignait de n'avoir ni prône ni catéchisme. Très malin, il se fera oublier sous la REVOLUTION.

GERMAIN et lui ont quelques différends dès le début au sujet de réparations à faire dans l'église.

Nicolas Germain est cité encore plusieurs fois, en 1779, 1781, 1783, comme étant toujours Amodiateur. C'est dans les locaux du Prieuré que le 25 février 1765 se réfugièrent, selon le rapport qui en est fait, les notables agressés par les rebelles de la population soulevée contre Gaspart BARDONNET parce que mécontentée d'avoir à payer la dîme, des taxations exagérées, de subir toutes sortes d'abus administratifs. En particulier les femmes armées de bâtons et les enfants avec des pierres firent la loi ce jour-là. Outre ce jour où furent mis à l'abri du Prieuré les gendarmes blessés, et leurs chevaux à "L'auberge Saint-Nicolas", il semble que GERMAIN ait pris le parti de la population sinon il n'aurait pas été intégré au village comme il l'a été.

A l'article C 1534 des Archives Départementales de la Marne sont classées diverses requêtes adressées à l'Intendant par Nicolas Germain, "piqueur", afin d'obtenir paiement de travaux effectués sous son contrôle sur les routes de 1773 à 1783. Il est inscrit sur les rôles taillables de 1779 sous la même mention de "piqueur" pour 27 livres 100 : 10 livres 100 pour la taille, 17 livres "per capita" (C 909). " Un piqueur est celui qui prend soin de piquer ou de marquer les ouvriers absents ou présents et qui les surveille" (Littré)

 

Germain DEROGLAU a vécu, vive Nicolas Germain de RAUGLAUDRE !

Le décor planté, que fit Germain DEROGLAU pour s'imposer et s'intégrer à SERMAIZE ? Sous la REVOLUTION, il est considéré comme étant "aubergiste" de "L'auberge Saint-Nicolas". A la fin de 1794, la TERREUR était terminée, Robespierre avait été guillotiné le 9 thermidor An 2 (27 juillet 1794). "Le peuple avait la nausée de la guillotine". Les noms qui avaient pu être modifiés, en contractant la particule par exemple, s'écrivaient comme jadis. N'était-ce pas une occasion à saisir ? Il y avait une telle incurie dans la paperasserie administrative.

DEROGLAU à son arrivée à SERMAIZE, le nom s'était transformé au fil des ans, il était devenu : de DRANGLAUD, DRAUGLAUDRE, D'RAUGLAUDRE, DERAUGLAUDRE, puis "de RAUGLAUDRE" sur un document du 20 frimaire An 3 (10 décembre 1794), décrit en fin de chapitre. C'est le 23 avril 1892 que le tribunal de Vitry-le- François stipule que le nom DRAUGLAUDRE doit s'écrire: "de RAUGLAUDRE". La demande est faite par FREDERIC de RAUGLAUDRE, petit-fils de GERMAIN, et ses fils ANDRE et LOUIS, requête "fondée" dit le tribunal. Il est demandé que soient vérifiés et rectifiés les actes d'Etat Civil les concernant.

Ce jugement entérinait le document du 20 frimaire An 3 évoqué ci-dessus, ainsi que l'Ordonnance du Ministère de la Guerre du 31 janvier 1823 nommant CLAUDE de RAUGLAUDRE Capitaine au Régiment des Chasseurs de la Somme sur décision du roi Louis XVIII, le document précité faisant foi.

Tous les enfants de Germain dont nous parlerons plus loin conservèrent le nom DRAUGLAUDRE sur les actes d'état civil après la Révolution, sauf Claude. Il semblerait, jusqu'à preuve du contraire, que seule la branche issue de Claude ait eu encore des descendants mâles en 1892, date de la décision du tribunal. Etienne Sylvestre, fils de l'aîné Charles Antoine, était mort en 1877. On ne connaît que la descendance de sa fille Marie Isabelle.

 

GERMAIN, NICOLE et leurs enfants

Quatre ans après son arrivée à SERMAIZE, Germain trouvant à son goût la jeune Nicole BIGUET, 18 ans, lui avait témoigné sa flamme. Il avait alors 52 ans bien sonnés. Il se peut que Germain, auréolé de son passé parisien, bel homme comme son père sans doute, ait fasciné malgré son âge Nicole, fille de Nicolas BIGUET, entrepreneur de bâtiments. Il se peut que ce mariage n'ait pas eu toutes les faveurs de la famille de Nicole, vu les 34 ans de différence d'âge. Il fallait un nom prestigieux pour arranger cela. Sur l'acte de mariage le 26 mai 1766, on lit ceci : Nicolas Germain de DRANGLAUD dit de RAUQUELAURE. Notre ancêtre n'en aurait-il pas un peu rajouté ? Modeste personnage sans notoriété à la Cour, à PARIS ou à VERSAILLES, il était devenu un notable à SERMAIZE. N'a t-il pas voulu se poser en homme important ? Qui donc, à l'époque, aurait eu la possibilité de contester son état civil ? Germain ne le connaissait lui-même qu'approximativement : plus tard, il dira être né à PARIS, au lieu de VERSAILLES, et avoir 82 ans alors qu'il en avait 80. D'ailleurs leur acte de mariage est assez fantaisiste : Nicole est citée comme ayant 19 ans environ ! Elle n'en avait pas tout à fait 18.

Neuf mois plus tard, naissait la première fille Catherine Germaine, le 3 mars 1767. Germain se montra fort empressé auprès de sa jeune femme qui lui donna 13 enfants en 18 ans, huit filles, cinq fils, qui virent tous le jour à SERMAIZE. On sait que trois fils moururent en bas âge. Peut-être en fut-il aussi d'une fille dont on ne sait rien d'autre que la date de naissance. Après la mort de Germain, le 8 septembre 1801 (21 fructidor An 9), Nicole ne tarda pas à se remarier, après 7 mois 1/2 de veuvage. Elle épousa le 30 avril 1802 (10 floréal An 10) Pierre GRUYER veuf lui aussi, de dix ans son aîné, à ALLIANCELLES, commune située à 4 kms de SERMAIZE. Notre aïeule Nicole BIGUET mourut le 17 décembre 1828, suivant de près son second mari dans la tombe.

Les fils

Charles Antoine DRAUGLAUDRE, l'aîné des 2 fils survivants de Germain et Nicole, né le 19 janvier 1770, était le 3è enfant après Catherine Germaine déjà citée, et Marie Louise Julie.

Charles Antoine épousa Marie Anne FRANCOIS dont il eut 3 fils et 3 filles. Huissier, puis porteur de contraintes, il demeura à SERMAIZE. La seule descendance connue est celle de son second fils Etienne Sylvestre, tonnelier, dont la fille, Marie Isabelle DRAUGLAUDRE épousa le 9 juin 1857 à Sermaize Louis Jules MAUJEAN, perruquier. Le foyer MAUJEAN tenait son salon de coiffure sur la place de SERMAIZE encore au début du siècle. Marie Isabelle née le 10 juillet 1837 à SERMAIZE y mourut le 22 octobre 1911. Sa petite-fille, Madeleine Marie Juliette MAUJEAN, fille unique d'Albert Louis MAUJEAN, pharmacien décédé à 43 ans, et Marie Anne BARROIS est morte le 23 mars 1960 à Saint-Germain-en-Laye. Elle avait épousé le 12 octobre 1908 à Sermaize un boulanger-pâtissier, Marcel Marius GILLOT, mort et inhumé à Versailles le 23 octobre 1955 . Ils eurent deux enfants : Marguerite née en 1909, demeurant actuellement au 2 rue Hameau à Meudon, et Marcel né en 1912, décédé le 18 décembre 1988. Tous deux sans descendance.

La maison de Marie Isabelle MAUJEAN-DRAUGLAUDRE héritée de ses parents Etienne Sylvestre DRAUGLAUDRE et Marie Catherine DESANLIS était située au 54 rue de Vitry, elle fut incendiée par les Allemands en septembre 1914, comme tout le village de SERMAIZE. Reconstruite après 1918, Albert MARTINET l'occupe actuellement. D'origine meusienne, ayant travaillé 35 ans à la sucrerie Béghin-Say à SERMAIZE, Albert Martinet se passionne pour l'histoire de sa commune et du département, ce qui nous vaut une partie des renseignements ci-dessus.

. L'aîné des fils de Charles Antoine DRAUGLAUDRE, Marie Bonaventure né le 14 mars 1799 (24 ventôse An 7) est décédé à l'Ile Bourbon (l'actuelle REUNION) le 20 mai 1844, sergent-major au 3è régiment de marine, sans descendance connue. Nous n'avons pas connaissance du 3è fils de Charles Antoine.

Bonaventure DRAUGLAUDRE eut pour parrain un ami de la famille, Alexandre Bonaventure DESPREZ, ex-curé de SERMAIZE. L'Abbé DESPREZ épousa la fille du chirurgien de Sermaize, en raison de la loi du 25 Brumaire An 2, prévoyant que les prêtres passibles de la déportation en Guyane, "pour avoir tergiversé" lors du Serment à la République, en seraient exemptés en cas de mariage. Il exprima plusieurs fois le désir d'exercer de nouveau son ministère, sur la demande même de ses anciens paroissiens, il fut même arrêté pour cela. Il écrivit alors à son ami de collège de Louis-le-Grand, Maximilien de ROBESPIERRE qui le fit relâcher. L'ex-curé devint secrétaire de mairie puis juge de paix. Après le Concordat, toujours désireux de servir l'Eglise, il présenta une requête à l'Institution ecclésiale sans succès. Cet ancien curé exclu de son ministère, parrain de Bonaventure DRAUGLAUDRE, mourut à Vitry-le-François le 21 novembre 1840.

Nous consacrons un chapitre spécial au deuxième fils survivant, CLAUDE FREDERIC notre aïeul, appelé communément CLAUDE. Il continua l'ascension sociale de son père par deux brillants mariages avec Eléonore de Mont d'Or puis Henriette de Salligny, après s'être illustré vaillamment sur les champs de bataille.

Les filles

De Catherine Germaine, la fille aînée de Germain et Nicole, on ne sait que la naissance le 3 mars 1767 et le décès à SAINT DIZIER le 9 février 1847.

De Louise Julie née le 24 août 1768 on connaît le mariage avec Louis Claude SELIK et la mort à ALLIANCELLES le 6 octobre 1841. Notons que le prénom Julie était celui de la première fille de Nicolas avec Marie GRISON .

La 3ème fille Marie Marguerite née le 31 juillet 1772 (5ème enfant après Charles Antoine déjà nommé et Jean Baptiste décédé à 8 mois) avait épousé à SERMAIZE le 28 mars 1796 (8 Germinal An 4) un veuf Etienne PAQUOT né en 1763 à VITRY-en-PERTHOIS. Onze mois après la mort de celui-ci le 8 décembre 1816, à CHEMINON non loin de SERMAIZE, Marie Marguerite âgée de 45 ans se remaria avec l'aubergiste Louis Augustin BARROIS de 10 ans plus jeune qu'elle, le 12 novembre 1817. Elle mourut à CHEMINON sans postérité le 11 avril 1840 âgée de 68 ans. Son second mari fut emporté au cours d'une épidémie de choléra le 13 octobre 1854 à 72 ans.

De la 4ème fille, Nicole Phisie, on ne connaît que la naissance le 6 octobre 1773. Est-elle morte en bas-âge ?

La 5ème Aimée Louise née le 29 août 1775 épousa à Sermaize Martin VANESSON le 11 octobre 1798 (20 Vendémiaire An 7). On ne sait rien de plus.

La 6ème Thérèse Flore naquit en janvier 1778 . Elle épousa le 28 juin 1797 (10 messidor An 5) à SERMAIZE Jean BIGUET dont elle eut 3 filles et 4 fils, elle mourut en couches à 30 ans le 29.12.1807. Leur descendance existe encore probablement à SERMAIZE ou dans la région. Jean BIGUET fut marinier jusqu'en 1808. Les BIGUET étaient une famille de mariniers pour la plupart qui transportaient du bois sur la SAULX, de SERMAIZE à VITRY-le-FRANCOIS, formant un monde à part assez redouté.

C'est de la 7ème fille, 12ème enfant, que nous savons le plus de choses. Jeanne Euphrasie naquit le 24 mai 1783 (après trois frères succédant à Aimée Louise, deux moururent en bas âge: Nicolas Antoine et Jacques Alexandre. Claude Frédéric fut l'ancêtre de notre branche, nous y reviendrons). Décédée le 17 juillet 1865 à ALLIANCELLES, elle avait épousé le 19 août 1805 dans cette commune François Alexis FERIN. C'est la trisaïeule de Pierre HAUMONT né lui-même à SERMAIZE le 4 avril 1914. Instituteur à REIMS, il est retraité et habite actuellement au 9 rue Jules Ferry, 33290 BLANQUEFORT, porte du MEDOC dont sa femme est originaire. Il nous a fourni bien des informations sur la famille. Pierre HAUMONT et sa femme Marie Louise NORMAND ont 4 filles mariées, 9 petits-enfants et un arrière-petit-enfant.

La dernière fille de Germain et Nicole, la 13ème enfant, Victoire Adélaïde naquit le 22 décembre 1784 et mourut à 17 ans le 24 octobre 1801 à SERMAIZE, un mois après son père.

 

La LISTE de la SOCIETE POPULAIRE, épurée et régénérée, de SERMAIZE en 1794.

Le nom "de RAUGLAUDRE" a subi, on l'a vu, bien des vicissitudes avant de devenir ce qu'il est. Nous pensons que nous devons ce patronyme à l'habileté de Nicolas Germain qui posa un jalon à son arrivée à Sermaize en se faisant nommer " de Dranglaud dit de Rauquelaure " à consonnance plus flatteuse que DROGLO ou DEROGLAU. Puis les aleas et mutations de l'époque firent le reste.

Le nom " de RAUGLAUDRE " apparaît la première fois, ainsi orthographié, sur un document officiel conservé aux Archives de la Marne (8 L 57). C'est un Tableau des membres de la Deuxième Société populaire de Sermaize, épurée et régénérée, le 20 Frimaire An 3 de la République Française (10 décembre 1794).

" Cette Société voit le jour après la TERREUR. Forte de 88 membres, elle a pour vocation de maintenir et sauvegarder les conquêtes de la République " (extrait des Mémoires de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne, 1990, de Albert MARTINET et l'Abbé A. KWANTEN). Nicolas Germain y figure au 64è rang au titre d'aubergiste, natif de Paris. Il avait 82 ans, est-il noté, en réalité 80 ans, si on se réfère à son acte de naissance. Il n'est pas impossible que Nicole sa femme se soit chargée d'aller inscrire son vieux mari sur la liste, lui attribuant ce patronyme qui passera ensuite à la postérité. Germain n'était sans doute pas jacobin, c'est pour cela qu'il figure sur cette deuxième liste, épurée et régénérée. "Tous les notables du lieu en font partie avec des artisans et des cultivateurs, on y compte seulement six manouvriers".

La première liste comportait 60 "républicains militants", menée par un ancien moine de l'Abbaye cistercienne de Cheminon, Jean-Baptiste Lorcet, qui finit d'ailleurs guillotiné.

Plus tard, au mariage de Claude Frédéric avec Eléonore de Mont d'Or, le 23 août 1824, bien que Nicolas Germain soit décédé, sa femme Nicole au caractère décidé n'a t-elle pas été l'instigatrice de la reconnaissance du patronyme de Rauglaudre en témoignant de son authenticité, en dépit de l'orthographe du nom sur l'acte de décès de son premier mari ? N'est-elle pas intervenue auprès des témoins : son second mari Pierre GRUYER, son gendre Augustin BARROIS, ainsi que deux notables Jean-Baptiste BENARD propriétaire à Sermaize et Denis COTTENEST ingénieur à Vitry-le-François, afin qu'ils confirment l'exactitude du nom, mal orthographié dans les actes précédents, selon leur déclaration ? Cette insistance appuyée, dans l'acte de mariage de Claude, n'est-elle pas révélatrice du désir d'offrir un nom à la hauteur de celui prestigieux de la vieille famille de MONT d'OR !

Sur la deuxième liste, "épurée et régénérée", on observe au n 49 le nom de Nicolas LUCOT, 57 ans. En 1790, ce LUCOT, "bourgeois de Sermaize", faisait partie des électeurs du district de Vitry pour procéder au remplacement des prêtres réfractaires, assemblée présidée par François de SALLIGNY dont il fut question au début. Son fils Pierre Nicolas LUCOT devenu chanoine vicaire général à Troyes vers 1830 fut un prêtre réfractaire qui émigra au Luxembourg. On le disait cousin des DRAUGLAUDRE. En fait il était né lui aussi à SERMAIZE.

 

 

Claude de RAUGLAUDRE

1780-1848

CLAUDE Frédéric était le 10ème des 13 enfants, sa mère avait à peine 31 ans à sa naissance.

Claude se montra plus hardi que son aîné Charles Antoine resté au pays. Né le 3 mars 1780 à SERMAIZE, il eut pour parrain Charles Nicolas LEFEVRE, notaire, fils de Jean Nicolas Lefèvre, ex-fermier général qui figure au n 2 sur la liste de la Deuxième Société populaire de Sermaize An 3, mentionnée plus haut. Claude fit d'abord une carrière militaire. Incorporé à 20 ans le 13 mai 1800 du vivant de son père, il fit partie de l'armée du Rhin, du 23 septembre 1800 au 21 mai 1801, puis de l'armée du Hanovre, de 1803 à 1805, et de la Grande Armée. Nommé sous-lieutenant le 16 septembre 1809, lieutenant le 22 février 1813. Il fut blessé lors de l'attaque des fortifications de TORRES-VEDRAS au PORTUGAl, à la fin de l'année 1810 ou au début de l'année 1811, et placé en situation de non-activité le 30 août 1817. Attaché au 5ème Escadron du Régiment des Chasseurs de la Somme à Bagneux, il fut promu capitaine au même Régiment, le 29 janvier 1823, puis réformé par ordonnance royale du 22 avril 1824. Il était chevalier de la Légion d'Honneur et de l'Ordre de Saint Louis.

Premier mariage

Il avait 44 ans. Quatre mois plus tard le 23 août 1824, il épousa à ALLIANCELLES, près de SERMAIZE, une jeune veuve Eléonore de MONT D'OR née le 15 mai 1782 à VAUGNERAY (à l'Ouest de Lyon) de deux ans sa cadette. Elle mourut prématurément 4 ans après. Claude convola alors, deux ans plus tard, avec Henriette de Salligny notre aïeule. Il fit ainsi deux remarquables alliances. Beaucoup de jeunes aristocrates étaient morts dans les multiples guerres et Claude dont le passé militaire était honorable se présentait comme un bon parti. Eléonore était la fille du marquis Charles Louis de MONT D'OR, capitaine d'infanterie, député aux Etats Généraux, et de Clémence Marie Louise de SAVARY de BRESSE. Eléonore fut orpheline de mère à 10 ans et de père à 11 ans. Elle avait été mariée quelques années avec Gabriel DESGOUTTET bientôt décédé. Selon la tradition, la famille de MONT D'OR connue dans le Lyonnais était rattachée au célèbre ROLAND, neveu de CHARLEMAGNE. Eléonore aurait hérité de son père le fameux cor du paladin Roland. En 1826, Claude et Eléonore de RAUGLAUDRE firent cadeau de ce cornet au Duc de BORDEAUX, y joignant les pièces d'identité. Par lettre du 15 janvier 1828, le Baron de DAMAS accepta le don et envoya à Claude Frédéric une touffe de cheveux du jeune prince. Que sont devenus ces "précieux" souvenirs historiques ? (extrait de "L'Intermédiaire des chercheurs et des curieux", n1104 du 20 février 1906, page 276). Notons que, dans cette anecdote, le patronyme est écrit de RAUQUELAUDRE. Eléonore mourut à ALLIANCELLES le 10 juin 1828 sans postérité.

Deuxième mariage

Le 22 mai 1830, Claude épousa à VITRY-en-PERTHOIS Henriette de SALLIGNY. Fille de François de SALLIGNY et Caroline de PELSEZ, Henriette née le 14 janvier 1798 à REIMS fut orpheline de père à l'âge de huit ans. Trois enfants naquirent de son mariage avec Claude de RAUGLAUDRE :

. L'aînée Marie Nicole (1831-1905) épousa John MAC CARTHY et en eut quatre filles. Les trois aînées Charlotte, Kathleen et Elisabeth épousèrent les Marquis de VILLERS-LA-FAYE, de BRISAY et de VAUGIRAUD. La quatrième Nicole mourut à 20 ans des suites d'un traumatisme crânien dû à un grave accident de cheval. Charlotte de VILLERS-LA-FAYE et Kathleen de BRISAY n'eurent pas de postérité, semble t-il. De la descendance d' Elisabeth nous avons connaissance de Solange de VAUGIRAUD, célibataire, les enfants de sa soeur Colette FRANCE-LANORD décédée en 1988 à Nancy : Bruno (1947), Thierry (1952), Roland (1955), Christian (1957), enfin Françoise des AULNOIS-VAUGIRAUD, cousine de Solange et ses 4 enfants, Olivier (1950), Laurence (1951), Bertrand (1953), Arnaud (1956). Au total ils seraient environ 55.

. Le deuxième enfant de Claude et Henriette, François de Paul, mourut à la naissance.

. Le dernier, Frédéric eut avec Blanche de Ponthon 5 enfants :

- L'aînée Marguerite née à ECLARON en 1863 épousa Pierre CROC, leur descendance habite PLOUDANIEL, ce sont les LOUBOUTIN, ils doivent être un peu plus d'une quarantaine en tout. ( conjoints compris )

- André né à ECLARON en 1864 épousa à Saint-Dizier en 1891 Pauline de VATHAIRE. En 1992, Il doit y avoir environ 375 descendants, un siècle après leur mariage. ( id )

- Louis, né en 1865 à ECLARON, épousa Jeanne PARFAIT dont les descendants sont les PRIOU dans la région de Rochefort, environ 80. ( id )

- Henriette, née à AMBRIERES en 1869, fut chanoinesse de Saint-Augustin, à Versailles, puis à Hull.

- Enfin il y eut Charlotte née à KERLOUAN en 1876 qui épousa Léon de VATHAIRE, frère de Pauline, ils ont environ 175 descendants. ( id )

Les "affaires"

Claude de RAUGLAUDRE manifesta son caractère entreprenant dans de nombreuses acquisitions et ventes qu'il fit, semble t-il, avec succès. Ainsi :

- le 8 mai 1833 achat à un Sieur ROUGERY "manufacturier" à BAR-le-DUC de 123 hectares à CHATELRAOULD-St-LOUVENT près de VITRY-le-FRANCOIS. Ils furent revendus une douzaine d'années plus tard.

- achat également en 1833 de 175 hectares dans la forêt du DEFFAY, commune de VANAULT-les-DAMES, pas très loin d'ALLIANCELLES.

- construction d'une maison à ALLIANCELLES.

Pour des raisons inconnues, Claude quitta la Champagne et s'installa avec sa famille à SUEVRES dans le Val de Loire, à 13 kms au Nord-Est de Blois sur la route d'Orléans, où il reprit ses achats :

- en 1843 il achète à François MAUVAGE une grande maison : 7 pièces au rez-de-chaussée, autant à l'étage, avec dépendances : étable, écurie, poulaillers, cave, grange, buanderie, orangerie, cour, jardin de 3 hectares 56 ares, le tout entouré de murs. Cette maison qu'ils habitèrent est située au Hameau de LA RUE, elle existerait encore.

- achat de 3 vignes "rouge et noire", puis de la métairie de BAS-MARRON, 107 hectares, commune de SASSAY, arrondissement de Blois, pour 50 000 francs payables en 4 ans. Les conditions de la mise en métayage sont connues : à la charge du métayer les impôts, 74 hl de blé, 16 hl d'avoine, "menus suffrages" et 4 journées de charroi remplacées ultérieurement par 40 francs, soit 10 francs la journée.

- le 2 novembre 1847, achat de 6 ha 51 dans la commune de MAVES, canton de MER.

 

Il est vraisemblable que Claude utilisa pour ces acquisitions l'héritage de sa femme Henriette, légataire universelle d'une soeur de son père, Marie-Antoinette de SALLIGNY, épouse de François Emmanuel de BRANGES, morte sans postérité.

Claude et Henriette devaient mener une vie confortable à LA RUE. Ils y reçurent Alfred de MUSSET avec lequel Henriette avait des cousins communs. En effet Marie Ursule Caroline de SALLIGNY, cousine d'Henriette, avait épousé le 7 juillet 1814 le comte Adolphe de MUSSET, cousin d'Alfred.

La fin

Claude mourut le 11 avril 1848 à l'âge de 68 ans, dans cette maison de LA RUE, hameau de SUEVRES, 5 ans après son arrivée. Dans sa succession, on note en plus des achats déjà cités, la propriété de 1/4 d'une ferme située à HEILTZ-LE-MAURUPT, canton de SERMAIZE. Le total des meubles, bijoux, vins :

8 fûts, 18 hl eau-de-vie, linge, etc. était évalué à 19 730 francs (dont bijoux divers pour 2 500 francs). Le passif indiquait en particulier la valeur de la pension de Frédéric 14 ans 1/2, au Collège de PONTLEVOY, pour la somme de 681 frs.

Henriette de RAUGLAUDRE-de SALLIGNY survécut à son mari 31 ans, elle retourna vivre en Haute-Marne à ECLARON, dans une maison qu'elle acheta rue de l'Hôpital le 24 janvier 1853. Elle y mourut à 80 ans le 16 octobre 1879 et fut enterrée à ECLARON. Un vitrail de l'église porte son nom, l'ayant acquis pour 1 400 frs. Sa soeur Antoinette Caroline de SALLIGNY acquit l'autre partie de ce petit vitrail côté Epitre sous le nom de A. GARNIER de SALLIGNY, elle était l'épouse d'André Garnier, notaire et maire d'Eclaron.

Deux ans après la mort d'Henriette, Frédéric qui habitait alors en Bretagne avec sa femme et ses cinq enfants revendit la maison de sa mère le 6 juillet 1881 pour 19 000 frs. Un mois auparavant, le 13 juin 1881, la soeur d'Henriette, devenue veuve, avait vendu la sienne, voisine de celle de sa soeur, rue de l'Hôpital.

C'en est fini d'ECLARON, comme il en fut de SERMAIZE.

 

Frédéric de RAUGLAUDRE

1833-1922

dit "Bon Papa blanc"

Né le 17 octobre 1833 à ALLIANCELLES, Charles Frédéric semble avoir hérité de

l'esprit d'entreprise de son père Claude, mais n'eut pas la chance de mener à bien ses différentes opérations. Au cours de ses études au Collège de PONTLEVOY, il se lia d'amitié avec Charles Albert de VATHAIRE. Ce fut là l'origine des liens entre les deux familles et du double mariage à la génération suivante : son fils André épousa Pauline de VATHAIRE et sa fille Charlotte épousa le frère de Pauline, Léon de VATHAIRE.

ECLARON

A la mort de son père en 1848, Frédéric avait 14 ans 1/2. Sa soeur aînée Marie Nicole en avait 17. Cinq ans plus tard leur mère Henriette acheta une maison à ECLARON, comme on l'a dit, et s'installa définitivement en Champagne, son pays d'origine. La soeur d'Henriette, Antoinette de SALLIGNY, ayant épousé le maire et notaire d'ECLARON, André GARNIER, ceci explique le choix d'Henriette pour se rapprocher de sa soeur.

ECLARON est une petite ville de la Haute-Marne, en bordure du département de la Marne, traversée par la Blaise, affluent de la Marne, à 10 km au sud-ouest de Saint Dizier, près des Forêts du DER et du VAL. Deux ans après sa mère le 20 mai 1855 Frédéric acheta la maison voisine de la sienne rue de l'Hôpital, pour la somme de 10 000 F. Il avait alors 22 ans. Auguste Napoléon de PONTHON habitait cette petite ville avec les siens. Sa fille Blanche née le 20 décembre 1841 à ECLARON avait 8 ans de moins que Frédéric. Ils se marièrent le 1 juin 1862 à ECLARON, Frédéric avait 29 ans.

LA FERME de QUEULX

Frédéric prit en mains la ferme de Queulx située sur la commune d'AMBRIERES, à 18 kms de VITRY-LE-FRANCOIS, au Nord-Ouest d'Eclaron, probablement après la naissance de leur 3ème, Louis, en 1865. La ferme existait toujours en 1952, date à laquelle Hubert et Françoise OUDIN reçus à Eclaron par Louis et Marie de TORCY (décédés depuis) l'ont visitée, elle avait encore belle allure. Les pièces du 1er étage qui servaient de logement au-dessus des communs avaient des boiseries jusqu'à "main d'homme". Les Torcy habitent la belle maison que

le Général de PONTHON fit construire dans le bourg après l'Empire. Les bâtiments de la ferme de Queux n'existent plus, détruits par un incendie d'origine inconnue il y a une dizaine d'années. Elle n'appartenait plus à la famille.

Le bisaïeul de Blanche, Louis-François de PONTHON (1729-1791) fut seigneur de QUEULX, de MONTARLOT et autres lieux, écuyer, garde de la porte du roi. QUEULX appartenait donc à la famille de Ponthon. C'est pouquoi l'exploitation de la ferme fut sans doute confiée à Frédéric de RAUGLAUDRE. Le jeune ménage y habita : leur fille Henriette y est née le 24 avril 1869 et fut déclarée à AMBRIERES. Les trois aînés, Marguerite, André et Louis sont nés à Eclaron. Charlotte, elle, vint au monde bien plus tard, à Kerlouan en Bretagne.

La FAMILLE de PONTHON

Louis-François de PONTHON, seigneur de Queulx, n'eut pas de postérité de son premier mariage. Marié en secondes noces avec Marguerite GRIMON en 1771, celle-ci lui donna deux fils nés à ECLARON :

. L'aîné (1772-1835) prénommé comme son père Louis-François épousa Madeleine GAUDRON en 1798 à Sarrebourg. Ce sont les parents d'Auguste-Napoléon de PONTHON (1807-1875) père de Blanche. Sa mère Victorine FEILLET-PILATRIE (1816-1875), était née à Sainte-Menehould, au Nord du département de la Marne.

. Le cadet Charles-François (1777-1849) fut Baron d'Empire, officier d'ordonnance de Napoléon, il fit une brillante carrière sous les armes, participant aux Campagnes de l'Empereur. Général de Division, Grand Officier de la Légion d'Honneur, Pair de France, son nom est inscrit sous l'Arc de Triomphe à Paris, côté avenue Kléber. Ce glorieux soldat séduisit au cours d'un séjour romain, Madame GIULIANI née Marie Madeleine PERLOT BRUNET dont il eut un fils. La législation romaine interdisait le divorce ainsi que la reconnaissance d'enfants adultérins. "L'adoption" était cependant possible après la disparition du père putatif. Monsieur GIULANI décédé, Charles François de PONTHON put épouser Marie-Madeleine et adopter son propre fils Charles GIULIANI-DEPONTHON. Celui-ci eut trois filles avec Henriette ROY : Caroline RENAULT (1847-1917), Francine de TORCY (1851-1930) et Antoinette COUPPEL du LUDE (1875-1930). Toutes trois eurent plusieurs enfants. Gilles de TORCY, chef actuel de la famille de TORCY, possède "l'acte d'adoption" de son arrière-grand-père Charles GIULIANI-DEPONTHON, signé par le pape.

. Il se peut qu'il y ait eu deux soeurs aînées restées célibataires, toutes deux enterrées à Eclaron : Emilie (1799-1847) et Claire Alexandrine (1801-1871) dont on a relevé les noms au cimetière.

De CHAMPAGNE en BRETAGNE

On ignore pourquoi Frédéric et Blanche de RAUGLAUDRE décidèrent de quitter la Champagne et de se lancer dans l'aquaculture dont Frédéric fut un des pionniers, à KERLOUAN dans le Nord-Finistère,au lieu-dit : YOUC'H AN DREFF. Ce devait être environ huit ans après leur mariage qui eut lieu en 1862 , les 3 aînés étant nés à Eclaron et la 4è à Queulx, de 1863 à 1869. On suppose que la guerre de 1870 ne fut pas étrangère à ce départ de la région occupée par les Allemands. La dernière Charlotte est née le 27 février 1876 à Kerlouan. Cette région bretonne était rude autant par son climat que par ses habitants souvent traités de descendants de "pilleurs d'épaves". Frédéric ne sembla pas en souffrir puisqu'il se baignait tous les jours, dit-on, hiver comme été, mais les enfants devaient faire 2 kms à pied matin et soir par tous les temps pour se rendre à l'école et en revenir. Frédéric construisit un vivier et une maison qui existent toujours et y entreposait des crustacés : homards, langoustes destinés à être commercialisés. Blanche en comptait régulièrement le nombre elle-même. Le résultat ne fut pas au niveau de leurs efforts, soit que les bêtes se battaient, se mangeant entre elles, soit que certaines aient trouvé bon de regagner leur liberté. Son associé à l'entreprise ne fit pas l'affaire non plus. Aussi Frédéric fut-il ruiné.

 

Contraint d'abandonner, il accepta alors un poste de professeur d'agriculture à la Faculté Catholique de LILLE à partir de l'année 1890-1891, selon ce qui ressort des lettres de l'époque. Blanche était restée en Bretagne, malade, au foyer de sa fille Marguerite. Le vivier fonctionnait encore un peu. Henriette était revenue de Nancy afin de soigner sa mère, elle allait superviser de temps en temps la relative bonne marche du vivier à KERLOUAN. Charlotte la petite dernière était encore écolière. FREDERIC et BLANCHE durent "tirer le diable par la queue" et se faire bien du souci, leur correspondance en témoigne. Au début de cette année 1891, leur fils André songea un instant reprendre l'affaire de Kerlouan, en vain. Il se maria en octobre 1891 avec Pauline de VATHAIRE. Louis put venir pour le mariage de son frère. La maison d'ECLARON fut vendue le 21 août 1896, peut-être pour renflouer les finances.

Dans le jugement du tribunal de VITRY-le-FRANCOIS le 28 avril 1892 pour rectification du patronyme de RAUGLAUDRE, Frédéric est mentionné comme demeurant 54 boulevard Vauban à LILLE, adresse de la Faculté Catholique. Il semblerait qu'à cette époque, la santé de Blanche ne lui ait pas permis encore de rejoindre son mari.

Les années passées dans le Finistère sont à l'origine de la branche bretonne de la famille. Voici l'histoire : Frédéric avait ramené un chien de chasse à son propriétaire Pierre CROC, nom écrit sur le collier. C'est ainsi que Pierre CROC et Marguerite de RAUGLAUDRE se connurent, se plurent et se marièrent en 1885. Ils eurent 7 enfants, mais beaucoup d'épreuves. Leurs descendants, les LOUBOUTIN, habitent encore la belle propriété de TREBODENNIC.

La FIN

Blanche de RAUGLAUDRE-de PONTHON mourut le 7 mai 1900 à LAMBERSART (Nord) et fut enterrée à ECLARON. Dans une lettre à Marguerite CROC, Frédéric évoque l'aînée de sa fille Jeanne CROC morte peu avant à 14 ans, accueillant sa grand-mère en paradis. Blanche avait regardé la photo de la petite jusqu'à la fin. Il demande que l'on se souvienne du dévouement de Charlotte, au chevet de sa mère.

Vingt deux ans plus tard, c'est au foyer de Charlotte et Léon de VATHAIRE, à TAMARIS dans le Gard, que Frédéric mourut le 19 octobre 1922 à 89 ans. Il fut enterré à Tamaris.

TREBODENNIC

Extraits de la lettre de Frédéric de RAUGLAUDRE à sa fille Marguerite CROC à l'occasion de la mort de sa femme Blanche de PONTHON, le 7 mai 1900.

" ..... Il était à peu près neuf heures du matin.....

On peut dire en toute vérité et précision qu'elle s'est endormie dans la paix de Dieu. Elle est souriante sur son lit; il est maintenant dix heures. Sauf que ses yeux se creusent un peu, on ne peut dire qu'elle soit changée depuis sa mort...

Le service se fera demain ici à neuf heures, on conduira le corps à la gare d'où elle sera transportée à Eclaron. Charlotte et moi l'accompagnerons. André ne peut nous suivre...

N'oubliez jamais, mes enfants, quand je ne serai plus là pour vous le recommander, que nous devons à Charlotte d'avoir conduit tout doucement par la main votre mère aux portes du Ciel. Ses soins ont été pour son corps une caresse perpétuelle, pour son âme le plus bel exemple de douceur, de patience, d'abnégation.

Et comme elle en a profité ! Comme ce dur purgatoire de la terre a été utilisé par l'admirable résignation, l'humilité, la douceur qui ont pénétré à la fin de sa vie mortelle et comme embaumé cette âme que la nature n'avait faite ni résignée ni humble ni douce. Voilà bien un miracle de la grâce dont Charlotte a été l'instrument. La pauvre petite déverse sur moi toute cette tendresse qu'elle prodiguait à sa mère. Elle me soigne comme un enfant et ne pense pas à elle ! Elle vient de couvrir de fleurs ce pauvre lit funèbre. Il semble qu'elle continue ses soins des jours passés.

Adieu, ma chérie, je pense qu'hier Jeannette accueillait "Grand'Mère" aux portes du Ciel. S'il y avait encore quelque purification nécessaire, c'est son intercession qui aura prolongé ses épreuves, plus, beaucoup plus que les médecins ne le croyaient possible, pour qu'elle passât immédiatement de la terre stérile à la terre promise et féconde.

Prions toujours cependant pour l'un et l'autre, ces prières-là nous serviront toujours à nous autres qui péchons encore. Mille tendresses à tous.

Frédéric de Rauglaudre

P.S. Entre sa dernière communion et son dernier sommeil, ta mère a eu presque constamment les yeux fixés sur la photographie de Jeanne placée sur la cheminée à la portée de son regard. Elle la contemplait encore pendant que Charlotte lui préparait la piqûre de morphine.

 

 

Ce document n'a pas la prétention d'apporter toute la lumière sur l'origine de la famille de RAUGLAUDRE. Merci à tous ceux qui nous ont fourni les renseignements dont nous avons fait la synthèse, y apportant notre propre contribution.

Nous avons pris contact avec plus ou moins de succès avec la Mairie de VERSAILLES, celles de SERMAIZE et d'ALLIANCELLES, le Musée CONDE à CHANTILLY, et les ARCHIVES NATIONALES et de PARIS.

Nous remercions entre autres :

Pierre HAUMONT, Albert MARTINET, Hubert OUDIN, Edmond de VATHAIRE, et bien sûr tante Betty.

Cependant de nombreux points restent obscurs, et si dans la famille des esprits curieux veulent poursuivre les recherches, ce sera très bien.

Toute information, confirmée par des actes officiels, nous permettant de compléter ce travail sera bienvenue. Les hypothèses que nous avons formulées n'engagent que nous et ne doivent pas être considérées comme définitives.

Amitiés à tous

Jacques et Claudie

Mars 1992